Les sculptures de Bernard Mandin ressemblent à l’homme qu’il est, par leurs matières et leurs figures, leurs origines communes, terre et mer.

C’est que l’homme crée à partir de rebuts, de ce que la mer amène sur la plage, que les gens jettent ou laissent rouiller dans quelque coin d’atelier ou de grenier.
Certes, le matériau ne suffit pas. Lui manquerait-il l’ingéniosité, l’humour, la finesse, l’imagination de l’artiste, il resterait matière brute, inerte.
Et voici le miracle de l’art : donner vie à la matière.

Pour les animaux, qu’on pourrait qualifier de figuratifs, Bernard Mandin se tourne plutôt vers la ferraille. Bêtes souvent faméliques, fabriquées avec des morceaux d’outils de paysan, le mouvement les anime. Est convoqué aussi un matériau plus doux, souple, aérien parfois, les algues séchées, conjuguées avec des morceaux de bois flottés ou les coquilles qui abritèrent la vie.

Quant aux personnages, hiératiques, sombres, ils représentent des spécimens d’humanité. Une humanité peu joyeuse, soucieuse, immobilisée dans une nudité dépouillée de toute concession. Tout est dans le regard, fascinant avec la pupille froide cerclée de blanc. Une humanité sans espoir ? Une sorte de parenté, dans le trait, avec les dames de pierre du Rouërgue, compte-tenu de la masse des unes et de la maigreur des autres ?

Les dessins de Bernat Mandin, eux, révèlent une autre face de l’artiste. Ici le trait est caricatural, les personnages sont saisis dans leur complexité, leurs travers. Et surtout, le crayon se laisse aller à l’humour tant dans la représentation physique que dans les situations où ils se trouvent.

Miquèla Stenta