Entre toutes choses, je louerai la main. Cinq doigts. Le poing fermé, l’oiseau qui dort, la tête sous l’aile.
Marcelle Delpastre
Ce jour-là, je l’ai vu faire, l’artiste. Je l’ai vu aux aguets. Il allait et venait dans le jardin, les yeux à chercher de tous côtés. Les yeux qui fouillaient comme qui cherche l’or. Les yeux au travail. Et les mains en attente. Comme l’écrivain qui veut coincer le bon mot.
Rien sous le figuier. Rien non plus sous le pêcher. Bredouille sous le poivrier. Et lui d’arpenter la terre et les feuilles que l’été avait séchées. Je le regardais rôder, l’artiste. Et c’était fascinant. Je l’ai vu, son souhait de tomber sur quelque chose à se mettre entre les mains.
Et tout à coup, voilà la pépite !
Ça s’est passé sous le grenadier. Une grenade tombée sur le sol, vidée par les oiseaux, une grenade à la peau coriace. Et je l’ai vu, l’artiste, la cueillir, les mains rapides, la regarder attentivement. J’ai su sur le champ que pour lui, tout de suite, ce n’était plus un fruit. J’ai vu comment l’artiste Mandin transfigure un rien, un déchet, en une œuvre. J’ai vu l’art en chemin. L’art qui prolonge. L’art qui ose. L’art comme acte du vivant.
L’artiste Mandin, j’ai vu, ce jour-là, ses yeux passer le relais à ses mains
Il y avait là du sourcier et du troubadour..
