Bernard Mandin et ses bricoles
« L’invisible (…) n’est pas la disparition mais la délivrance du visible »
Yves Bonnefoy
Bernard écrivait. Bernard dessinait, et maintenant voilà qu’il sculpte !
Après ses Emmascats de l’autre été que l’on a pu rencontrer dans les entours du Moulin de Madame près de Saint-Affrique, il nous propose aujourd’hui ses bricoles, ses trouvailles : rencontres de matériaux oubliés et rouillés, ressorts, vieux outils, assemblés ou non à des pierres, faufilées ou non de fil de fer, épaves d’un autre temps, chargés de vie antérieure que son écoute imaginative fait renaître à une vie nouvelle.
Auteur d’une œuvre originale et onirique plongeant ses racines dans le fond occitan, Bernard Mandin est un trobador de formes. Ce qui naît au travers de son approche, c’est l’imprévisible, l’inattendu qui prend figure, l’envol d’une présence, son dérobement affirmatif qui ne craint pas ce qu’il peut y avoir d’irrévérencieux dans l’humour.
Sculpter pour Bernard Mandin, c’est récupérer et assembler. C’est mettre en volume des interrogations. Les sculptures de Bernard Mandin ne se lisent pas, elle se donnent à voir telles quelles. Le désir de Bernard Mandin est qu’on ne voit pas ce que c’est, que le tas d’où proviennent les formes soit devenu un tout. Pour cela, laisser les matériaux, les objets, les couleurs, les lignes s’organiser…Il suffit de les voir, dit Bernard Mandin et de les aider. A quoi j’ajouterais volontiers, et de les entendre s’appeler l’un l’autre et entrer en résonance !
Bernard Mandin est bien ce bricoleur d’imaginaire que Levi-Strauss entendait opposer à l’architecte qui, lui, a toujours un plan préétabli, mais aussi et surtout – et c’est là sa singularité – celui qui s’appuie sur les mythes fondateurs – ainsi ce Pazuzu qui nous vient d’une bien lointaine Assyrie – liés aux énergies et aux puissances souterraines comme à cet art des masques – ainsi ces Mendiants – qu’en période carnavalesque les occitans savaient faire fleurir au cours de cette fête qu’ils savaient se donner à eux-mêmes.
Les sculptures de Bernard Mandin sont des pièges dans lesquels il faut tomber, confier notre regard et tourner autour. Elles racontent des histoires qui n’ont pas de fin, excepté celle que vous, passants de cette exposition, lui donnerez.
Alain Freixe, en novembre 2024